Y-a-t-il assez de places de parking au Puy ?

Une campagne atone et sans débat… Au Puy, on ne peut pas dire que les Municipales ont fait vibrer la fibre démocratique. Un sujet a cependant émergé : le stationnement et les parkings.

Au départ, une inquiétude bien légitime émane de l’association des commerçants du Puy, partagée par beaucoup : les nombreuses boutiques vides dans le centre historique de la ville. Une situation qui dure déjà depuis plusieurs années et ne va pas en s’arrangeant.

La solution proposée par l’association des commerçants – approuvée par l’équipe municipale ? Créer de nouveaux parkings. Plusieurs projets ont même été évoqué : sur plusieurs étages au niveau de la friche de l’avenue de la République, ou ponctuellement sur la partie en sable de la place du Breuil….

A la Puycyclette, ces initiatives suscitent deux réflexions : 

  • Le coût : ce sont des projets onéreux. Cet argent public ne pourrait-il pas être investi plus utilement ?
  • L’anachronisme : renforcer le stationnement, c’est entériner la suprématie de la voiture alors que les signaux s’accumulent qui nous disent l’urgence de proposer des alternatives aux citoyens.

Pour faire avancer le débat, nous pensons qu’il est important de commencer par répondre à cette question toute bête : la ville du Puy manque-t-elle ou non de places de parking ?

Nous avons procédé de manière très simple : à partir des données officielles publiées par la mairie du Puy, nous avons calculé le ratio du nombre de places pour 1000 habitants (la grandeur de référence habituellement prise en compte dans les études).

Mais ce chiffre ne vaut que s’il est mis en perspective. Alors nous l’avons comparé avec la même donnée pour quatre villes de taille comparable appartenant à notre aire géographique : Annonay, Issoire, Montbrison et Riom. Voici les résultats :

VillePopulationPlaces de parkingPlaces / 1000 hab.
Montbrison161232400149
Riom188202230118
Annonay172742500145
Issoire151151727114
Le Puy-en-Velay185004143224

Les résultats sont très clairs : le Puy-en-Velay possède un ratio de place de stationnement très supérieur à celles d’agglomérations comparables.

Alors, circulez, il n’y a rien à voir ? Si les chiffres sont sans appel, le ressenti des commerçants et leur besoin de solutions restent bien réel. Nous sommes donc allé plus loin et avons entrepris d’explorer les études et recherches existantes sur le sujet pour comprendre les raisons de ce décalage entre perception et chiffres.

C’est du côté de la Fédération des Maires de Villes moyennes, de la Ville de Valenciennes, du cabinet d’études Adetec et de la FUB que nous avons trouvé des réponses. Que nous apprennent-elles ?

Le mythe du manque de places : un enjeu de rotation, pas de volume

Nos centres-villes ne souffrent généralement pas d’un manque de places de stationnement – ce que confirme notre petit exercice de comptage – mais d’une mauvaise gestion des places existantes.

La rotation, moteur du commerce : Pour que les commerces prospèrent, les études estiment qu’une place de stationnement doit voir se succéder au moins 3 véhicules par jour. L’enjeu n’est donc pas de « stocker » des voitures, mais d’optimiser le stationnement de courte durée (moins de 2 heures) pour les clients et les résidents. Pourquoi, par exemple, ne pas rendre gratuite la première de stationnement au parking du Breuil et, pour encourager les rotations (et sauvegarder les finances de la ville), augmenter significativement les tarifs au-delà de deux heures ? A Lyon, par exemple, si une heure de stationnement ne coûte qu’un euro, c’est 20€ pour quatre heures. Un tarif qui peut-être majoré ou minoré selon que l’on utilise un véhicule surdimensionné ou, au contraire, sobre.

L’illusion de la saturation : Le manque de places est souvent une question de perception, faussée par les véhicules « ventouses ». L’observatoire de Valenciennes a ainsi démontré que même aux heures de pointe, 37 % des places payantes restent vides. De plus, les commerçants surestiment souvent la part de leur clientèle venant en voiture. Au Puy, un comptage systématique chez un panel de commerçants pourrait permettre d’y voir plus clair. Un constat s’impose déjà : les parkings relais (Dunand, Montredon) sont clairement sous-utilisés (voir les photos en illustration). Mauvaise connexion au centre-ville ? Problème de tarification ? Il y a clairement une piste à explorer. De nombreuses villes ont développé des systèmes de vélo en libre-service, souvent en s’appuyant sur des opérateurs privés pour alléger la facture. Pourquoi la ville du Puy ne développerait-elle pas son propre système de vélib afin de connecter les parkings relais au centre ? Citons les défauts d’aménagements de certains équipements : comme le rappelle cet article, pas d’ascenseur au niveau -2 et -3 du parking souterrain du Breuil, le rendant ainsi inadapté aux PMR, personnes âgées et parents avec enfants en bas âges et poussettes.

Les recommandations du CEREMA : L’institution est formelle : il est impératif de réserver l’hypercentre aux clients et aux habitants. Le stationnement dit « pendulaire » (les personnes venant travailler en voiture pour la journée) doit être reporté à l’extérieur du cœur commerçant. 

Le gouffre financier du « tout-voiture » pour la collectivité

Avant de réclamer la création de nouveaux parkings ou la gratuité totale, il est essentiel de regarder la réalité des finances publiques en face. Construire et entretenir des places de stationnement coûte extrêmement cher aux contribuables.

Des coûts de construction pharaoniques : Selon le CERTU (désormais intégré au CEREMA), la création d’un parking en ouvrage dans une ville moyenne coûte entre 20 000 et 30 000 euros par place. Ainsi les 300 places évoqués pour un éventuel parking à la place de la friche avenue de la République, c’est un investissement public de 6 à 9 millions d’euros. 9 millions d’euros, c’est d’ailleurs le coût de construction que reconnaissait le maire du Puy, Michel Chapuis dans un article de l’Eveil en 2025.

Libérer l’espace public pour un centre-ville (vraiment) attractif

Mais le stationnement, c’est aussi de l’espace réquisitionner pour la voiture et qui ne peut plus servir à autre chose. Un problème en ville où l’espace est forcement contraint. Encore plus dans au Puy-en-Velay, cité médiévale, dont les ruelles pavées n’ont clairement pas été faite pour la circulation d’engins à moteur de plus d’une tonne et demi. En moyenne, une place de stationnement monopolise 12 m² d’espace public. Cet espace a un coût d’opportunité immense pour la vitalité de notre ville.

Réaffecter l’espace au profit du commerce : Ces précieux mètres carrés peuvent être transformés en placettes, en trottoirs élargis pour la flânerie, ou en aménagements cyclables sécurisés qui profitent directement à l’attractivité des vitrines.

Notre conclusion ?

Plutôt que de nouveaux parkings, il faut réorganiser ceux qui existent déjà. Et le vélo est un partenaire de choix pour cette réorganisation. Les trajets de 1 à 3 kilomètres sont le domaine de pertinence absolu de la bicyclette, comme le rappelle la FUB. En créant de vraies continuités cyclables et en limitant le stationnement facile pour les travailleurs pendulaires, on encourage un report modal. Le résultat ? On libère mécaniquement de l’espace de stationnement pour les clients venant de plus loin (ceux qui ont réellement besoin de leur voiture), tout en fluidifiant la circulation et en apaisant le centre-ville. Plus attractif, il attirera naturellement de nouveaux chalands. Redonner le goût de se rendre en centre-ville, n’est-ce pas justement l’un des objectifs de l’association des commerçants ?

Sources :

2 réflexions au sujet de “Y-a-t-il assez de places de parking au Puy ?”

  1. Des parkings annexes du centre sont biens mais sont ils vraiment pertinents ? Car tous le monde essaye d’avoir une place au plus prêt !
    Et si j’ai quelques chose à faire en centre ville, en tant que ponote, je vais pas m’amuser à aller me garer au pôle intermodal ou vers bon secours … je vais chercher à Michelet direct, même si je vais tourner 5 – 10 minutes ! Donc pour moi c est le parking souterrain qui doit être repensé et qui doit s’agrandir. Concernant le tarif du parking, même si comme une bonne Française je le trouve chère, et payer ça me fait râler. Il faut avouer qu’il n’est pas si chere quand on regarde les autres villes. Par contre, gros bémol sur les ponots qui habitent au puy mais pas au centre, j’en fait parti, et j’ai le plaisir de payer les impôts à coup de bambou et d’avoir le tarif comme si j’étais non résidente pour le stationnement car  » vous n’avez pas de place de stationnement sous vos fenêtres » certes… mais pour moi c est un vrai scandale, ça me râler à chaque fois.

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